Lors de la 40e édition du Marathon de Séville le 23 février 2025, Manon Trapp fracasse le record de France avec un temps de 2h23'38". Mais cet exploit s’est joué bien avant la ligne de départ : une préparation millimétrée, marquée par un stage en altitude au Kenya et une gestion parfaite de l'effort jusqu’au jour J.

Plonge dans l'univers de Manon et dans les mois qui ont précédé sa performance en Espagne !

Montre : COROS PACE 3

Accessoire : Capteur de fréquence cardiaque COROS

Outil d'analyse : COROS Training Hub


Un entrainement repensé pour un record historique

Ce marathon, elle le préparait depuis sa dernière tentative sur marathon à Rotterdam, le 13 avril 2024. En quête d'une qualification olympique, Manon Trapp avait été contrainte d'abandonner : une grande déception pour elle, d’autant plus que sa première expérience sur la distance, lors du marathon de Valence en 2023, avait été particulièrement prometteuse.

Le marathon de Séville, je le prépare depuis que j'ai échoué à Rotterdam. Après Rotterdam, j'ai pris une pause puis j'ai repris réellement à Font Romeu pour le 20 km de Paris. Le 20 km de Paris était une course pour tester ma forme en cours de reprise.


Crédit : Benjamin Bioudi - @ben_bdii_photographie


Pour atteindre ce nouveau niveau de performance et en tirant les leçons de sa dernière expérience, Manon et son entraîneur, Jean-François Pontier, ont profondément repensé les mois de préparation précédant la course. Parmi les ajustements majeurs, le stage à Iten, au Kenya, a joué un rôle crucial. Arrivée le 26 décembre, elle a d’abord consacré une dizaine de jours à l’acclimatation avant d’enchaîner sur deux semaines d’entraînement intensif. Le terrain accidenté et l’altitude ont imposé une adaptation progressive.

Le terrain à Iten m'a forgée. Sur le papier, les séances n'ont pas l'air si difficiles, mais l'altitude et le dénivelé ont fait le travail. Mon bilan du mois de janvier : 10 000 m de dénivelé, sans le vouloir ! À Iten, même les footings sont durs. On a donc fait beaucoup de footings, et c'est la base.

En évoluant plusieurs semaines à 2 400 m d’altitude, Manon a stimulé son organisme pour améliorer sa capacité à utiliser l’oxygène. Cet entraînement en hypoxie favorise une meilleure oxygénation des muscles et une résistance accrue à la fatigue, des atouts certains pour un marathonien de haut niveau.


Condition physique de Manon durant les semaines qui ont précédé le marathon de Séville 2025


À son retour en France fin janvier, la Charge d'entraînement de Manon a drastiquement diminué, et ce pour de bonnes raisons : l'objectif était d'arriver sur la ligne de départ du marathon sans aucune fatigue, ni physique ni psychologique. Bien que Manon ait trouvé cette période difficile, étant habituée aux séances plus intenses, elle a maintenu le cap et sa récupération a porté ses fruits.

Jeff voulait qu'on arrive sur la ligne de départ du marathon avec de la fraicheur, à la fois physique et mentale. Mais j'avais les crocs ! La dernière semaine, je ne faisais que des footings et j'ai même dû négocier pour faire quelques rappels à allure marathon. C'est vraiment parce que je n'en pouvais plus ! (rire)


Info. COROS. Bien que la Condition physique ait diminué drastiquement en fin de prépa, cela ne signifie pas que Manon a perdu les bénéfices de son stage. La baisse de la Condition physique avant une épreuve correspond en réalité à une période d'affûtage : une récupération stratégique qui permet de maximiser l’assimilation des efforts tout en minimisant le risque de surcharge

Pour en savoir, découvre comment les athlètes pro utilisent la Condition Physique COROS en vue d'atteindre leurs objectifs.


Un équilibre entre charge et récupération

Zones d'intensité pendant le stage en altitude


Zones d'intensité durant le mois qui a précédé le marathon de Séville


En plus des footings exigeants en altitude, Manon a également réalisé davantage de séances de qualité au sein de cette préparation. L'intensité de ses entraînements était principalement concentrée sur les zones 4-5-6, soit plus intense que son allure marathon. En revanche, à son retour en France, quelques semaines avant la course, la priorité a été donnée à la basse intensité.

Avant, je ne faisais pas autant de volume de qualité. Aujourd'hui, c'est devenu une habitude de faire 20x400 m, et même des 15x1000 m. Faire plus de volume en séance, c'est ce qui a beaucoup changé, et c'est ce qu'il faut pour tenir 42 km.


Manon n’a pourtant jamais ressenti de fatigue excessive. L'évolution de son entraînement vers plus de qualité et moins de volume global a été un changement stratégique très bien accueilli.

Il s'agit de grosses séances, mais on en a peu. L'idée est de se focaliser sur l'essentiel. Tout est bien pensé pour le marathon, tout a un sens ! Jeff trouve le juste équilibre entre trop et pas assez, entre ce qu'il est nécessaire de faire pour performer et la limite à ne pas dépasser au risque d'être trop fatiguée ou de se blesser.


VFC nocturne de Manon dans les semaines qui ont précédé le marathon de Séville 2025.


Tout au long de sa préparation, Manon a surveillé son sommeil et sa variabilité de fréquence cardiaque (VFC) grâce à sa montre COROS. Ces données lui ont permis d’ajuster son entraînement, d’éviter la surcharge et de conserver une confiance optimale dans sa progression.

J'aime bien regarder la VFC. Pendant la prépa, elle était toujours dans la plage recommandée ! Ça coïncidait avec mon ressenti et mon niveau d'energie. J'aime bien regarder si l'outil correspond à mes sensations.

Les variations de la VFC que l'on peut remarquer sur le graphique de Manon ont été influencées par plusieurs facteurs externes, tels que son arrivée en altitude au Kenya, une séance d’entraînement plus intense ou une compétition exigeante. Lorsqu’elle est exposée à un stress physique ou psychologique, la capacité du système nerveux autonome à réguler l’organisme est mise à l’épreuve. Ce système joue un rôle clé dans la gestion de fonctions vitales comme le rythme cardiaque, la respiration et la digestion.

Pour en savoir plus sur les outils qui peuvent t’aider à optimiser ta récupération, consulte notre article dédié aux données de récupération COROS.


Une course maitrisée dans les moindres détails

Malgré des conditions plus exigeantes qu’au marathon de Valence, Manon a su gérer sa course avec une intelligence et une maîtrise remarquables. Face à un vent soutenu et une densité de coureurs plus faible, elle a dû faire preuve d’adaptabilité pour maintenir une allure optimale.

J’avais un lièvre, et heureusement qu’il était là. Avec le vent et le peu de densité, nous menions l’allure, donc j’ai eu la chance de pouvoir m’appuyer sur lui.


Analyse des données de Manon lors du marathon de Séville 2025


Manon a soutenu une allure très proche de son seuil sur plus de 75 % de la course, une capacité qui distingue les athlètes de haut niveau. Son expérience et sa gestion de l’effort lui ont permis de franchir son mur du marathon à mi course et de renverser la dynamique en seconde moitié de parcours avec un negative split parfaitement exécuté.


Plus les kilomètres défilaient, plus la confiance grandissait, jusqu’à cette accélération finale qui l’a portée vers le record de France, aboutissement de mois de travail, d’écoute et de patience.

Après le 28e km, je me sentais de mieux en mieux. J’ai réussi à faire un negative split et à accélérer sur les trois derniers kilomètres. Il doit y avoir une part psychologique, et l’adrénaline de la fin de course a sûrement joué aussi.


Ce que Manon retient de cette préparation

Au-delà de l’aspect physique, cette préparation a été un véritable apprentissage mental pour Manon Trapp. Contrairement aux précédentes, elle l’a abordée avec plus de légèreté et une meilleure écoute d’elle-même, ce qui lui a permis de franchir un cap décisif. La pression et le doute ont laissé place à une confiance grandissante, nourrie par l’expérience et la régularité de son entraînement.

J'avais une confiance absolue dans cette prépa. Je n'ai jamais douté. Je faisais confiance à Jeff et j'arrivais sur les séances avec beaucoup de légereté et de tranquilité. Je me disais : "Je vais simplement faire de mon mieux et on verra !".


Crédit : Benjamin Bioudi - @ben_bdii_photographie


Arrivée sur la ligne de départ du marathon de Séville, Manon avait la certitude d’avoir suivi la bonne trajectoire. Chaque phase de sa préparation avait été minutieusement planifiée et ajustée, et son entraîneur le lui rappelait : tout était en place pour réussir. Rien n’était acquis d’avance, mais elle pouvait aborder la course avec confiance, portée par le travail accompli.

Pour être performant(e), il faut être épanoui(e) et bien entouré(e). C’était mon cas, alors il était presque écrit que j’y arriverais. Il ne restait plus qu’à être en pleine possession de mes moyens le jour J. Mon entraîneur me répétait : "Tous les voyants sont au vert." Il ne m’a jamais dit : "C’est fait", mais nous savions que nous pouvions y croire !

La confiance que Manon a développé envers son entraîneur et l’environnement dans lequel elle a évolué ont joué un rôle majeur, lui permettant de progresser en toute sérénité. Pour elle, la performance ne se résume pas uniquement aux kilomètres parcourus ou aux séances de qualité : elle repose aussi sur un équilibre personnel et un entourage solide.


Les recommandations de Manon en vue de ton prochain marathon

Suite à sa performance historique, nous avons demandé à Manon de partager ses trois conseils clés pour t'aider à réussir ton marathon.


Crédit : Benjamin Bioudi - @ben_bdii_photographie


1. Soigne ta nutrition

L’alimentation joue un rôle clé dans la gestion de la fatigue et la capacité à enchaîner les séances d’entraînement avec efficacité. Apprendre à mieux consommer les glucides pendant la préparation permet d’optimiser la récupération et de maintenir un niveau d’énergie stable sur le long terme.

J'ai bien amélioré ma consommation de glucide à l'entraînement. La stratégie de nutrition fait partie de la gestion de la fatigue sur une prépa marathon : il faut essayer de soutenir son corps au maximum et s'écouter tout au long de la prépa.

Un bon apport glucidique avant, pendant et après les séances clés est essentiel pour éviter l’épuisement et maximiser les bénéfices de l’entraînement. Tester sa stratégie en amont permet également d’être prêt le jour de la course et d’éviter les mauvaises surprises digestives.


2. Ne néglige pas les sorties longues

Les sorties longues sont la pierre angulaire de la préparation marathon. Elles permettent d’habituer ton corps à supporter l’effort prolongé, de tester ta gestion de l’énergie et d’améliorer ta résistance mentale.

Une sortie longue bien structurée prépare l’organisme à optimiser l’utilisation des réserves énergétiques et à maintenir une allure stable sur la durée. Il est conseillé d’y intégrer des segments à allure marathon pour s’habituer progressivement au rythme de la compétition.


3. Fais confiance au processus et ne panique pas vis-à-vis des allures

Pendant la préparation, il est normal de ne pas toujours être parfaitement dans les allures visées, surtout en pleine charge d’entraînement. L’important est de garder en tête que c’est l’ensemble de la prépa qui compte, et que l’affûtage final permettra d’optimiser les sensations.

C'est l'ensemble de ta prépa qui va payer ! Au final, j’ai très peu couru à allure marathon avant Séville, mais j’ai appris à faire confiance au processus. Pendant la prépa, la charge d’entraînement est très élevée, ce qui peut parfois rendre difficile le respect strict des allures. Pourtant, une fois la phase d’affûtage entamée, tout s’aligne. Le corps s’adapte grâce à l’accumulation des kilomètres et aux séances exigeantes, ce qui permet d’être plus à l’aise sur l’allure marathon le jour J. Je ne pensais pas que ce serait aussi fluide, mais j’ai suivi le plan de Jeff, et ça a parfaitement fonctionné.


Crédit : Benjamin Bioudi - @ben_bdii_photographie


Un immense merci à Manon Trapp pour ce témoignage captivant, qui nous plonge au cœur d’une préparation marathon menée avec exemplarité. Son engagement, sa résilience et sa confiance sont une véritable source d’inspiration pour tous les passionnés de course à pied. Nous lui adressons toutes nos félicitations et lui souhaitons le meilleur pour la suite, avec, sans aucun doute, encore de grandes performances à venir sur la scène du marathon international.

ANALYSES D'ENTRAÎNEMENT